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Comment traduire ses sentiments ?
Comment traduire sa perception ?
L'installation recèle en son titre sa programmatique. In Time,
à l'intérieur du temps, en son temps, en temps voulu. En
français cela reste "intime" scindé.
Notre méconnaissance n'est jamais récompensé. Ni
par la mélancolie ni par le manque de soins. Chaque semaine, chaque
mois, nous découvrons un travail qui jusqu'àlors caché
ou entreposé dans les plis du temps, nous épargnait ou nous
avait évité. Pour des raisons de tout ordre : quasi inexistence
des réseaux de diffusion, manque d'information, de courage, de
stimulation. Goût invétéré de la résignation
ou prostration narcissique, atavisme de celui qui gère son ennui
et sa passivité en le reprochant aux autres. La qualité
ou l'origine de l'écart n'est pas en cause. La non-connaissance
n'est pas le contraire de l'omniscience qui crache en rafales des noms
comme autant de labels. D'un coup, nous apparaît dans sa féroce
nudité notre indigence (pour ne pas dire plus) par rapport à
tel champ artistique, à telle pratique.
En vidéo, beaucoup de deceptions ont écartés les
amateurs. A force de roueries et de montages tarabiscotés, de jouets
pas toujours maitrisés. De plans sur la comète. Bidouillages
assomants, bricolages futées ont montré les limites auxquelles
se sont astreints de façon techniciste nombre d'apprentis-sorciers
de la manipulation numérique.
Vidéochroniques présente à la friche de la Belle
dse Mai jusqu'au 17 mars "de quoi sont les images faites ?"
Quatres artistes, deux québécois Nathalie Bujold et Jean
Marc Mathieu-Lajoie et deux français Samuel Rousseau et Cyrille
C.de Laleu. Cette dernière a produit une oeuvre In Time, un mur
de 24 écrans imaginée à partir de l'invention de
Morel, oeuvre mythique de Bioy Casarès, le complice de Borgès.
C'est en gros une histoire de déplacements, de confinements, de
géométrie dans l'espace aléatoire qui ouvre une combinatoire
de possibles, une pluralité de mondes et de trajectoires. Le dispositif
est plutôt ingénieux, il nécessite une belle ingénierie,
un sens du composite et des combinatoires plutôt saisissant. Le
principe interactif joue de la multiplicité des perceptions, la
venue et l'approche dans le périmètre du sensible du spectateur
modifie grâce à un taps sensitif chaque écran- fenêtre;
au sein même de chaque lucarne, les herbes bougent, le fleuve s'anime.
Une érotisation de l'espace nous fait vaciller : rêvons-nous
ou sommes-nous comme à certains moments d'égarement hypnotique
au creux de l'été en pleine nature, les sujets et otages
d'une hallucination bienheureuse ? La captation des déplacements
des spectateurs s'effectue par la detection de présence, e localisation
et de mouvement, le tapis de sol muni de capteurs signale notre présence,
la fait jouer, la rend pensable. Ce surcroît de présence
provient évidemment d'une magie orchestrée, chaque morceau
ou panneau d'écran ayant sa propre mobilité autonome. la
respiration globale de cette visitation d'espace - une très belle
vue d'une boucle du gardon - nous conduit à un double émerveillement
de la relativité....
Emmanuel Loi
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